Entrevue avec Fredrick D’Anterny (2005)

auteur

D’après un sondage réalisé par Joey Cornu au Salon du livre de Montréal, en novembre 2002, les jeunes aspirants auteurs, tout comme leurs pairs lecteurs, affectionnent la science-fiction. Pour répondre à leurs interrogations sur ce genre littéraire spécifique, Fredrick D’Anterny, auteur de Storine, l’orpheline des étoiles (publié aux éditions Pierre Tisseyre), et des Messagers de Gaïa (aux éditions Michel Quintin), s’est livré au jeu des questions.

J.C. : Selon vous, quelles sont les qualités d’un bon auteur de SF? Lui faut-il cultiver un intérêt particulier pour les sciences et l’évolution de la société?

F.D’A. : Comme pour tout genre littéraire, je crois qu’il faut d’abord de la passion et du respect pour ce que l’on invente. Ensuite viennent l’imagination et la discipline, sans quoi rien n’est possible. Une bonne histoire se construit comme une maison : étage par étage. Il existe de nombreux thèmes à exploiter en SF. Celui que j’ai choisi nécessite un intérêt pour les sciences et l’astronomie, car Storine évolue dans un empire spatial très structuré. Les causes sociales m’intéressent également. Par exemple, si Storine est pourchassée par des hauts gradés du gouvernement impérial, elle en ignore les raisons; cela constitue non seulement un des suspenses de la série, mais influence également la personnalité et la trajectoire de l’héroïne dans l’histoire. Et puis elle visite des mondes qui ont chacun leur propre structure sociale, et cela aussi contribue à enrichir l’histoire. Les pirates de Marsor, par exemple, suivent des règles qui leur sont propres. À leur façon, ils constituent une société bien définie.

J.C. : Avez-vous créé votre propre terminologie SF ou vous êtes-vous inspiré des classiques dans le domaine?

F.D’A. : Un peu des deux. Je transpose. J’utilise certes des éléments connus du public, mais j’aime aussi inventer mes propres mots et objets. Par exemple, dans le livre 2, Les Marécages de l’Âme, qui devrait paraître cet automne, Storine utilise —sans trop savoir s’en servir même si elle y a été initiée — un sabre psychique. Sur la planète Phobia, Storine devra affronter un trafiquant d’esclaves qui utilise une machine séparant l’âme du corps.

J.C. : Pour bien transporter le lecteur dans un monde et un temps imaginaires, un auteur de SF doit miser sur une histoire forte. Faites-vous un plan de votre histoire avant d’écrire, et dans l’affirmative, comment le bâtissez-vous?

F.D’A. : Un plan, c’est comme le guide d’une ville inconnue que l’on doit visiter. Avant d’écrire une ligne, soyez sûr que je me prépare un plan technique très précis. L’évolution de l’histoire y est mentionnée, de même que le découpage global, les retournements de situation, etc. Malgré cela, si je sais ce qui va se passer, j’ignore encore comment je vais l’écrire. Pour cela, je me laisse une certaine liberté, car sans la liberté de changer d’avis (ou la liberté d’écouter ce qu’un personnage veut faire), il n’y aurait plus de plaisir.

J.C. : Les personnages que vous construisez doivent vous tenir à cœur puisque vous vous apprêtez à publier Storine 2. Où puisez-vous votre inspiration pour créer des personnages authentiques, à plus forte raison quand le héros, Storine, est une jeune fille de 11 ans?

F.D’A. : J’ai créé Storine il y a plus de 16 ans. J’étais alors sous l’influence des séries de dessins animés japonais comme Candy, les Mystérieuses cités d’Or et Lady Oscar. Storine s’est imposée d’un coup dans mon esprit. C’est l’histoire d’une petite fille rebelle aux pouvoirs mystérieux et à la destinée extraordinaire, avec l’espace comme toile de fond et un rapport très fort entre l’être humain et l’animal. Car Storine est accompagnée par Griffo, son jeune lion blanc. Dans mon œuvre, le rapport humain est très important parce que dans la vie, nous affinons notre personnalité grâce à nos épreuves, mais aussi au contact des gens que nous rencontrons. C’est ainsi que Storine prendra certains traits de caractère des gens pour lesquels elle éprouve de l’estime, de l’affection et même, paradoxalement, de la haine. Pour moi, une bonne histoire doit comporter des moments émotionnels forts. Pour les construire, il faut miser sur la tension qui existe naturellement entre les personnages. Faire naître l’émotion par des mots à travers une action dramatique, c’est cela, pour moi, le plaisir de créer.

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